La boite à cafard, le soufflet à punaises, la boite à flonflons, le piano du pauvre .

Petit garçon à SAINT MARTIN de BIENFAITE, une jeune femme amie de la famille sortit d'une drôle de boite un instrument brillant comme un soleil plein de boutons. Ses mains couraient partout sur les claviers, l'instrument se pliait dans tout les sens, la virtuose se contorsionnait tel un pantin au son de l'instrument.
Des mois, Des années durant, pliant de petits morceaux de papiers en accordéon je me voyais déjà musicien.

Lors de notre arrivée à CAEN, la grand-mère se mit à la recherche d'un professeur de musique . Après trois ou quatre refus elle abandonna . Un soir, aux informations régionales présentation du club d'accordéon de DIVES de Monsieur : JEAN DURAND qui ouvrait une école à CAEN .

Une correspondance écrite, un rendez-vous en secret pour une rencontre qui fut positive Six mois à l'essai, le prêt d'un instrument, étant donné le dénuement financier de la grand-mère.

Enfin j'allais découvrir cette chose pleine de mystères. Après avoir attaché les bretelles main droite rigide, la gauche perdue dans un champ de nacre, la tête cachée derrière le soufflet. La boite avait sorti des sons mais quels sons ! D'une main précise,
-MI DO MI DO MI DO RE . Premières mesures de L'EAU VIVE .
Après une heure de travail je fus libéré, la tête pleine, un fouillis de notes, de position de doigts. De soupirs en pleurs, de semaine en semaine j'étais arrivé à jouer trois morceaux, encouragé par les crêpes de Madame DURAND qui habitait l'appartement du dessus.

Comme il fut convenu avec la grand-mère, on acheta mon premier accordéon . Crédit" confiance" du magasin en accord avec le professeur. Un an, première scène pour voir le comportement en public, vu ma déficience visuelle, l'essai fut concluant !

Les mois se suivirent, un premier concours avec l'A. C. F. Médaille de bronze, le suivant médaille d'or avec mention et félicitations du jury et le dernier idem .

Entre temps j'étais au conservatoire de CAEN en classe de solfège malgré ma mauvaise vue, j'obtins un diplôme .
Inscrit à la danse folklorique, mes fins de journées étaient bien remplies .

L'accordéon dans les mains à l'age de neuf ans et demi, je suis resté chez J. DURAND jusqu'à l'âge de quatorze ans .
Chaque bal était une occasion pour m'exprimer à l'entracte et je m'améliorais rapidement.


 









LA MIRLOURETTE

Le dernier jour du mois d’AOUT , un ballet de camions prenait possession du lieu.
Chacun trouvait ses marques, le grand déballage pouvait commencer. Tel un grand MECANO , stands ,manèges prenaient forme, dans un dédale de plaques de tôles, de panneaux de bois, de bâches aux motifs peints, du vérin au compresseur rien ne manquait, parfois , des éclats de voix perçaient la nuit pour donner des ordres pour ajuster une remorque stand, dans une routine imperturbable les itinérants de la fête avaient préparé le royaume des p’tits et des grands.
Il m’arrive encore, d’entendre ces bruits « allez, allez, allez, allez, roulez jeunesse, prenez vos tickets à la caisse, attendez l’arrêt complet pour monter ou descendre . La jeune fille blonde ! mettez le jeton dans la fente et appuyez sur la pédale en tournant le volant . Mademoiselle ! laissez vous tenter, une belle poupée pour mettre sur votre lit, allons-y, à tous les coups l’on gagne. Cling !! clac, ! pipes cassées, ballons crevés on a la gâchette facile.
Un après midi à la sortie de l’école je m’engageais dans l’immense allée bordant le canal de l’ORNE,
où stationnait la fête foraine annuelle. Je savais qu’il y avait des restaurants où se produisaient des musiciens,
Pourquoi pas moi ? les jambes en coton , la peur au ventre je demandais le responsable de l’établissement.
Derrière ses marmites fumantes et les flammes de ses grills, l’homme rougeaud me fit signe de la main et me dit,
( c’est ma femme la patronne arrange toi avec elle.) Trois femmes assises sous un appentis de toile blanche épluchaient des pommes de terre, une montagne de pommes de terre, à la main, car il n’y avait pas de machine.
( qui qu’ tu veux gamin ? me dit l’une d’elle ) voilà, je suis débutant à l’accordéon et j’aimerais jouer chez vous.
tes parents sont au courant ? oui Madame, tu as ton instrument avec toi ? non Madame, vas le chercher.
J’y suis parti ventre à terre et suis revenu avec l’accordéon sans avoir oublié au préalable de mettre un mot sur la table pour prévenir grand-mère.

A peine arrivé je me mis à jouer en terrasse pour attirer l’oreille des passants, le résultat étant concluant, je devins l’attraction de l’Etablissement d’ EUGENE LACOUR.
Quatre années de bonheur dans le monde forain, parfois je jouais sur le podium de la loterie de PARIS 2000 où un clown faisait le bœuf avec moi, tandis qu’une danseuse en habit de paillettes faisait l’animation. Malgré que nous étions nourris la grand-mère et moi, il n’était pas rare que je sois invité chez un propriétaire de manège, dans ces grandes caravanes tirées par un tracteur poids lourd. Pendant la période de la fête à titre exceptionnel j’étais absent
de l’école, car ce mois là, la somme gagnée était telle que l’on pouvait vivre trois mois avec Si j’étais resté à CAEN j’aurais continué dans ce monde là . L’odeur des croustillons, des gaufres, des berlingots, la barbe à papa,
le clinquant, la rutilance des attractions les mélanges de parfums de graisse de peintures fraîches, l’ordre, le soin apporté à l’image de leur manège. Des numéros de foires , des curiosités hélas aujourd’hui disparues, la femme tronc, la femme la plus grosse du monde, la ville des lilliputiens , des montreurs d’animaux parfois

 

 








 

dangereux tels que des crocodiles, ou des ours. Le couple sur une moto dans un cylindre, l’homme le plus fort du monde.
Mon rôle était d’animer un chapiteau de quinze mètres de long sur dix de large, je passais dans les rangées de tables garnies nappes en tissu VICHY rouge et blanc et là les clients me demandaient de leur jouer un air, tout en glissant une pièce de monnaie dans ma sacoche accrochée à ma taille. Les jours les plus difficiles étaient les week-ends car la fête battait son plein.
Une heure de loisir toutes les trois heures, les tickets et les jetons de manèges non utilisés ou offerts je les revendais
moitié prix au copains de l’école
Cette petite ville dans la grande ville faite de roulottes, de vastes maisons sur roues, agglutinées les unes contres les autres, donnait l’impression d’être dans un monde à part que rien ne pouvait déranger. Quand tombait la nuit, ce monde de couleurs se transformait en un son et lumières, des myriades d’ampoules croisant des éventails de néons multicolores, jeux de miroirs et de facettes étincelantes et tout cela, orchestré par la grande roue au millier d’ampoules, qui ouvrait les festivités.
Forain c’est bien, forain c’est une forme de liberté, forain c’est un métier difficile, mis à l’écart des grandes villes.
Autrefois la fête était dans la ville, mais vu l’urbanisme grandissant, le forain comme le cirque, sont les parents pauvres de notre société.
Un grand merci à vous les faiseurs de rêves, aujourd’hui certaines de vos attractions sont immenses, dans les années soixante c’était encore un artisanat et un monde familial.


Pour vous donner une idée du monde forain et de ses attractions, visitez le très beau site :
Rétro les manèges anciens. http://wipeout.free.fr/retro/retro.htm ET QUE LA FETE CONTINUE !

 


 







 

 

 

 


 

 

 

PANAME

LA BASTILLE , MADELEINE , SAINT LAZARE , on pouvait voir un gars avec sa boite à cafard sous les néons blafards du métro. Dans le trottinement des voyageurs s’engouffrant dans le long tube carrelé, moi sur mon petit pliant j’étais le ( pantin soleil ) qui sortait de son instrument un peu de chaleur qu’il n’y avait pas dans cet univers intemporel.
Trois fois par semaine mon matériel en bandoulière je sondais le lieu où j’allais m’installer, le siège dans la valise ouverte pour tenir le moins de place, la canne blanche et la carte d’invalidité en vue pour la police, enfin je pouvais commencer mon répertoire d’une durée de trois heures.
Le métro comme la rue, c’est une bonne école et l’on trouve un bon auditoire, il y a le pressé qui va travailler et qui jette sa pièce en fredonnant la chanson, la femme qui pose la pièce et vous dit merci et continuez encore longtemps,
le bougon qui passe en râlant par ce qu’il y a un attroupement mais qui lance sa pièce quand même, les petits enfants auxquels la maman a donné une pièce et qui la déposent avec hésitation.
Telle la mer, chaque rame jette sa marée humaine tantôt dans un sens puis dans l’autre. Selon les heures l’on ressent la fatigue à l’inattention, le pas plus lourd mais rapide pour attraper une correspondance Toujours là, fidèle au poste tel un sémaphore débitant ses signaux, les morceaux glissaient comme les parfums des élégantes parisiennes, qui le samedi soir venu vont à la BASTILLE au BAL à JO , ou je ne sais, dans les caves de SAINT GERMAIN se déhancher sur des rythmes endiablés tandis que mezigue, je ferai dîner musical dans un resto de banlieue.
Ma demi journée terminée, je pliais bagages, m’étirais à mon tour avant de prendre le large.
C’est dans un petit café restaurant dans le quartier SAINT LAZARE que j’avais établi mon point de relaxation et de bureau de change pour ma mitraille.
Cette vie de musicien dans ce cloaque, je l’ai menée pendant deux ans et demi, pour aider un copain qui traversait un cap difficile et puis pour moi, car j’y avais pris goût.

Vers 1980, la R A T P , ne disait trop rien aux handicapés qui jouaient de la musique. Le problème il est venu de certains gars qui vous expulsaient sans ménagement voire avec violence et le jour où un aveugle à été retrouvé mort
à la station SAINT LAZARE, je n’ai plus joué dans le métro.

LA CLEF DES CHAMPS.

En banlieue parisienne, il y a une multitude de petits cafés, de petits restaurants de quartiers qui ont pour objectif, d’être le lien d’une certaine population, le lieu de décompression du travailleur, voire, l’ouvrier du quartier. Mais on y croise aussi ceux que la vie a laissé en retrait, l’homme qui s’est laissé glisser sans s’en apercevoir dans l’abîme de l’alcoolisme, la femme seule qui vient chercher un peu de chaleur dans ce monde de fraternité. Ce lieu, c’était mon OLYMPIA , mon BAL A JO , mon auditoire. Comme à l’église chacun avait son nom de baptême, DD la p’tite côte, raton laveur, la grande chawa, Dann mon frère, p’tit bout, etc !!! la liste serait trop longue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce bric-à-brac à la PREVERT , j’étais HUGO. HUGO l’homme de toutes les situations, un jour, pour les cinquante ans d’un patron déménageur, deux jours plus tard l’anniversaire d’une fidèle du lieu, jusqu’au jour où un représentant d’une grande maison d’un apéritif anisé, pour ne pas le nommer, m’a proposé de tourner avec eux dans les bars du secteur.
Ce qui fût dit fût fait, mais je revenais régulièrement dans mon quartier avec mes potes. C’était des journées bien remplies, le matin on pouvait me voir sur les marchés d’ASNIERES 92, coincé entre le charcutier et le fromager ou à coté de mon copain le marchand de bonbons et le fleuriste, ce qui faisait un coup de treize heures au restaurant. Mon marché était fait, car certains commerçants me ravitaillaient gracieusement. L’après midi repos, dix huit heures apéritif concert dans un bistro choisi par les copains selon le vent.
C’est bien simple le matin quand je partais jouer je passais devant l’épicier auquel je disais : " ACHOUR BONJOUR !" et le soir je revenais et passais prendre un verre chez un ami cafetier et je disais "HAMAR bonsoir".
Une vie banale à pleurer mais une vie dans un monde où le mot amitié et fraternité ont leur sens, où on te donne
tout, même si l’on ne possède rien ou pas grand chose. Un monde fait de rires, de larmes, de coups de gueule et
quand le vin mauvais leur brûlait la cervelle, la patronne les mettait dehors avec un coup de pied au cul et dès le
lendemain, ils revenaient tous s’excuser un bouquet de fleurs à la main.
Dès l’heure de l’apéro du midi, chacun trouvait sa place derrière le comptoir en formica bleu et gris, le verre d’une main et les dés de l’autre, partie de 421 pimentée pour savoir qui allait payer la tournée.
En cuisine, un bourguignon, un navarin de mouton, ou une brandade de morue, faisaient saliver les papilles dans l’arrière salle, les tables attendaient les clients pressés mais heureux de se détendre de leurs matinée de bureau. En fin de repas, le patron, pour fêter un événement, offrait sa bouteille de CHAMPAGNE ou un petit digestif à ses habitués tandis qu’HUGO assis sur son tabouret de bar, coincé entre le juke-box et le flipper ponctuait la matinée en musique.
Du jaune, du rouge, et j’en passe quand la tartine de houblon est trop lourde à digérer, que la coupe débordait ,un pote seul au bout du zinc voit sa vie s’enfuir, comme un sablier inexorable. Femme épouse de cafetier, la confidente la seconde mère pour certain, la Psy pour HOMMES en dérive, la raison d’être du paumé est toujours là pour réconforter.
C’est comme cela qu’un jour, plus de nouvelles de DD la p’tit côte, on fit une recherche, on le retrouva mort chez lui, une lettre sur la table avec ses recommandations. Pas de famille, que des copains de travail et de cafés.
Mes amis occupez vous de mes obsèques, l’argent est dans une enveloppe, HUGO jouera de l’accordéon à l’église
une dizaine de bars ont reçu une somme d’argent avant les vacances pour boire un verre à mon bon souvenir.
Tout fut réalisé dans la règle de l’art comme demandé, c’est ça aussi l’amitié d’un bistro de quartier un trait d’union entre les hommes où l’on peut aussi bien, prendre un café, un soda en lisant son quotidien et se faire des amis.

A LA VOTRE MES COPAINS !


Il y eu beaucoup d’expériences, LA SANTE, la seule prison au cœur de PARIS. Après une autorisation du Ministère de l’intérieur, accompagné d’un aumônier visiteur, une bande de musiciens et moi nous avons fait spectacle pendant trois jours en période de NOEL. Drôle d’univers tendu de tous côtés mais une très bonne expérience qui, pendant une semaine m’avait déstabilisé. J’ai fait deux émissions de radio, aujourd’hui j’évite d’en parler.

 

Un autre soir de NOEL , toujours à PARIS sous un immense chapiteau de l’école du cirque, six cents défavorisés de la vie, les clochards auxquels nous allions donner un peu de chaleur et un spectacle sont venus pour se divertir.
Mon accordéon bien accroché, la peur au ventre, j’ouvrais les festivités sur une immense scène, les projecteurs dans les yeux j’attaquais mon répertoire. Quatre ou cinq morceaux joués, quelques notes de piano vinrent à mes oreilles, imperturbable je continuais, valses, javas, slows quand je compris qu’une personne m’accompagnait depuis un quart d’heure .
Mon premier passage étant terminé, la personne vint me voir, m’embrassa et me dit ( chapeau ) continuez !
Cette personne était ANNIE FRATELINI, les bras m’en sont tombés, j’en garderai toujours le souvenir. Une soirée très riche, car ce monde de la rue, le répertoire de l’accordéon il le connaît bien.

Dans ces évènements il y eu beaucoup de bénévolat, mais ces expériences m’ont beaucoup apporté.

Dix ans à raison de quatre fois multiplié par le nombre de mètres de couloirs ça fait du chemin parcouru.
Un lieu mythique coincé entre le périf, le théâtre en rond et limitrophe de COLOMBES , LA MAISON DE NANTERRE , tant décriée par les médiats et pourtant sans elle, beaucoup seraient à la rue. Chaque occasion faisant, j’étais fidèle au poste avec ces hommes et ces femmes, qui, toute l’année viennent donner un peu de leur temps. Par groupe de deux poussant un chariot rempli de présents moi derrière avec l’accordéon, on sillonnait les couloirs de l’hôpital, de l’hospice, au gré des chambres, papys et mamys nous attendaient sur le pas de porte, ici une java, là une valse, chacun fredonnant un air de son temps à l’époque du carnet de bal, des guinguettes, des p’tits bals de quartiers.
Une fois par an j’animais la grande tombola dans la grande salle à manger et tous repartaient contents, en musique avec un lot et un goûter amélioré. Si vous saviez comme c’est bon de se dire aujourd’hui qu’on a rendu des gens heureux, et que de souvenirs d’histoires que l’on m’a glissé à l’oreille sur un amour rencontré au bal, un baiser volé sous une tonnelle, des mots doux dans un billet froissé, un mouchoir parfumé de la belle. C’est tout cela la vie d’un musicien de banlieue, à demi poète, des notes vendeuses de vent.

Maintenant, j’ai vieilli je suis en province, ma vue à beaucoup diminué, l’ACCORDEON n’a pas tellement le vent en poupe, la musique en conserve, le bruit de fond se vend mieux. Si tu n’es pas pro ou passé à la télévision tu n’intéresse personne. Je joue pour mes amis et pour mon plaisir !! Je peux dire que j’ai eu une belle trajectoire grâce à la musique et je dis :

MERCI à MADELEINE et à JEAN DURAND

 

 

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