
La boite à cafard, le soufflet à punaises, la boite à flonflons, le piano du pauvre . Petit garçon à SAINT MARTIN
de BIENFAITE, une jeune femme amie de la famille sortit d'une drôle
de boite un instrument brillant comme un soleil plein de boutons. Ses
mains couraient partout sur les claviers, l'instrument se pliait dans
tout les sens, la virtuose se contorsionnait tel un pantin au son de
l'instrument. Lors de notre arrivée à CAEN, la grand-mère se mit à la recherche d'un professeur de musique . Après trois ou quatre refus elle abandonna . Un soir, aux informations régionales présentation du club d'accordéon de DIVES de Monsieur : JEAN DURAND qui ouvrait une école à CAEN . Une correspondance écrite, un rendez-vous en secret pour une rencontre qui fut positive Six mois à l'essai, le prêt d'un instrument, étant donné le dénuement financier de la grand-mère.
Comme il fut convenu avec la grand-mère, on acheta mon premier accordéon . Crédit" confiance" du magasin en accord avec le professeur. Un an, première scène pour voir le comportement en public, vu ma déficience visuelle, l'essai fut concluant ! Entre temps j'étais au conservatoire
de CAEN en classe de solfège malgré ma mauvaise vue, j'obtins
un diplôme . L'accordéon dans les mains
à l'age de neuf ans et demi, je suis resté chez J. DURAND
jusqu'à l'âge de quatorze ans . |
|



Le dernier jour du mois d’AOUT , un
ballet de camions prenait possession du lieu.
Chacun trouvait ses marques, le grand déballage pouvait commencer.
Tel un grand MECANO , stands ,manèges prenaient forme, dans un dédale
de plaques de tôles, de panneaux de bois, de bâches aux motifs
peints, du vérin au compresseur rien ne manquait, parfois , des éclats
de voix perçaient la nuit pour donner des ordres pour ajuster une remorque
stand, dans une routine imperturbable les itinérants de la fête
avaient préparé le royaume des p’tits et des grands.
Il m’arrive encore, d’entendre ces bruits « allez, allez,
allez, allez, roulez jeunesse, prenez vos tickets à la caisse, attendez
l’arrêt complet pour monter ou descendre . La jeune fille blonde
! mettez le jeton dans la fente et appuyez sur la pédale en tournant
le volant . Mademoiselle ! laissez vous tenter, une belle poupée pour
mettre sur votre lit, allons-y, à tous les coups l’on gagne.
Cling !! clac, ! pipes cassées, ballons crevés on a la gâchette
facile.
Un après midi à la sortie de l’école je m’engageais
dans l’immense allée bordant le canal de l’ORNE,
où stationnait la fête foraine annuelle. Je savais qu’il
y avait des restaurants où se produisaient des musiciens,
Pourquoi pas moi ? les jambes en coton , la peur au ventre je demandais le
responsable de l’établissement.
Derrière ses marmites fumantes et les flammes de ses grills, l’homme
rougeaud me fit signe de la main et me dit,
( c’est ma femme la patronne arrange toi avec elle.) Trois femmes assises
sous un appentis de toile blanche épluchaient des pommes de terre,
une montagne de pommes de terre, à la main, car il n’y avait
pas de machine.
( qui qu’ tu veux gamin ? me dit l’une d’elle ) voilà,
je suis débutant à l’accordéon et j’aimerais
jouer chez vous.
tes parents sont au courant ? oui Madame, tu as ton instrument avec toi ?
non Madame, vas le chercher.
J’y suis parti ventre à terre et suis revenu avec l’accordéon
sans avoir oublié au préalable de mettre un mot sur la table
pour prévenir grand-mère.
A peine arrivé je me mis à
jouer en terrasse pour attirer l’oreille des passants, le résultat
étant concluant, je devins l’attraction de l’Etablissement
d’ EUGENE LACOUR.
Quatre années de bonheur dans le monde forain, parfois je jouais sur
le podium de la loterie de PARIS 2000 où un clown faisait le bœuf
avec moi, tandis qu’une danseuse en habit de paillettes faisait l’animation.
Malgré que nous étions nourris la grand-mère et moi,
il n’était pas rare que je sois invité chez un propriétaire
de manège, dans ces grandes caravanes tirées par un tracteur
poids lourd. Pendant la période de la fête à titre exceptionnel
j’étais absent
de l’école, car ce mois là, la somme gagnée était
telle que l’on pouvait vivre trois mois avec Si j’étais
resté à CAEN j’aurais continué dans ce monde là
. L’odeur des croustillons, des gaufres, des berlingots, la barbe à
papa,
le clinquant, la rutilance des attractions les mélanges de parfums
de graisse de peintures fraîches, l’ordre, le soin apporté
à l’image de leur manège. Des numéros de foires
, des curiosités hélas aujourd’hui disparues, la femme
tronc, la femme la plus grosse du monde, la ville des lilliputiens , des montreurs
d’animaux parfois





Pour vous donner une idée du monde forain et de ses attractions, visitez
le très beau site :
Rétro les manèges anciens. http://wipeout.free.fr/retro/retro.htm
ET QUE LA FETE CONTINUE !

PANAME
LA BASTILLE , MADELEINE , SAINT LAZARE , on
pouvait voir un gars avec sa boite à cafard sous les néons blafards
du métro. Dans le trottinement des voyageurs s’engouffrant dans
le long tube carrelé, moi sur mon petit pliant j’étais
le ( pantin soleil ) qui sortait de son instrument un peu de chaleur qu’il
n’y avait pas dans cet univers intemporel.
Trois fois par semaine mon matériel en bandoulière je sondais
le lieu où j’allais m’installer, le siège dans la
valise ouverte pour tenir le moins de place, la canne blanche et la carte
d’invalidité en vue pour la police, enfin je pouvais commencer
mon répertoire d’une durée de trois heures.
Le métro comme la rue, c’est une bonne école et l’on
trouve un bon auditoire, il y a le pressé qui va travailler et qui
jette sa pièce en fredonnant la chanson, la femme qui pose la pièce
et vous dit merci et continuez encore longtemps,
le bougon qui passe en râlant par ce qu’il y a un attroupement
mais qui lance sa pièce quand même, les petits enfants auxquels
la maman a donné une pièce et qui la déposent avec hésitation.
Telle la mer, chaque rame jette sa marée humaine tantôt dans
un sens puis dans l’autre. Selon les heures l’on ressent la fatigue
à l’inattention, le pas plus lourd mais rapide pour attraper
une correspondance Toujours là, fidèle au poste tel un sémaphore
débitant ses signaux, les morceaux glissaient comme les parfums des
élégantes parisiennes, qui le samedi soir venu vont à
la BASTILLE au BAL à JO , ou je ne sais, dans les caves de SAINT GERMAIN
se déhancher sur des rythmes endiablés tandis que mezigue, je
ferai dîner musical dans un resto de banlieue.
Ma demi journée terminée, je pliais bagages, m’étirais
à mon tour avant de prendre le large.
C’est dans un petit café restaurant dans le quartier SAINT LAZARE
que j’avais établi mon point de relaxation et de bureau de change
pour ma mitraille.
Cette vie de musicien dans ce cloaque, je l’ai menée pendant
deux ans et demi, pour aider un copain qui traversait un cap difficile et
puis pour moi, car j’y avais pris goût.
Vers 1980, la R A T P , ne disait trop rien aux handicapés qui jouaient
de la musique. Le problème il est venu de certains gars qui vous expulsaient
sans ménagement voire avec violence et le jour où un aveugle
à été retrouvé mort
à la station SAINT LAZARE, je n’ai plus joué dans le métro.
LA CLEF DES CHAMPS.
En banlieue parisienne, il y a une multitude de petits cafés, de petits restaurants de quartiers qui ont pour objectif, d’être le lien d’une certaine population, le lieu de décompression du travailleur, voire, l’ouvrier du quartier. Mais on y croise aussi ceux que la vie a laissé en retrait, l’homme qui s’est laissé glisser sans s’en apercevoir dans l’abîme de l’alcoolisme, la femme seule qui vient chercher un peu de chaleur dans ce monde de fraternité. Ce lieu, c’était mon OLYMPIA , mon BAL A JO , mon auditoire. Comme à l’église chacun avait son nom de baptême, DD la p’tite côte, raton laveur, la grande chawa, Dann mon frère, p’tit bout, etc !!! la liste serait trop longue.

Dans ce bric-à-brac à la PREVERT
, j’étais HUGO. HUGO l’homme de toutes les situations,
un jour, pour les cinquante ans d’un patron déménageur,
deux jours plus tard l’anniversaire d’une fidèle du lieu,
jusqu’au jour où un représentant d’une grande maison
d’un apéritif anisé, pour ne pas le nommer, m’a
proposé de tourner avec eux dans les bars du secteur.
Ce qui fût dit fût fait, mais je revenais régulièrement
dans mon quartier avec mes potes. C’était des journées
bien remplies, le matin on pouvait me voir sur les marchés d’ASNIERES
92, coincé entre le charcutier et le fromager ou à coté
de mon copain le marchand de bonbons et le fleuriste, ce qui faisait un coup
de treize heures au restaurant. Mon marché était fait, car certains
commerçants me ravitaillaient gracieusement. L’après midi
repos, dix huit heures apéritif concert dans un bistro choisi par les
copains selon le vent.
C’est bien simple le matin quand je partais jouer je passais devant
l’épicier auquel je disais : " ACHOUR BONJOUR !" et
le soir je revenais et passais prendre un verre chez un ami cafetier et je
disais "HAMAR bonsoir".
Une vie banale à pleurer mais une vie dans un monde où le mot
amitié et fraternité ont leur sens, où on te donne
tout, même si l’on ne possède rien ou pas grand chose.
Un monde fait de rires, de larmes, de coups de gueule et
quand le vin mauvais leur brûlait la cervelle, la patronne les mettait
dehors avec un coup de pied au cul et dès le
lendemain, ils revenaient tous s’excuser un bouquet de fleurs à
la main.
Dès l’heure de l’apéro du midi, chacun trouvait
sa place derrière le comptoir en formica bleu et gris, le verre d’une
main et les dés de l’autre, partie de 421 pimentée pour
savoir qui allait payer la tournée.
En cuisine, un bourguignon, un navarin de mouton, ou une brandade de morue,
faisaient saliver les papilles dans l’arrière salle, les tables
attendaient les clients pressés mais heureux de se détendre
de leurs matinée de bureau. En fin de repas, le patron, pour fêter
un événement, offrait sa bouteille de CHAMPAGNE ou un petit
digestif à ses habitués tandis qu’HUGO assis sur son tabouret
de bar, coincé entre le juke-box et le flipper ponctuait la matinée
en musique.
Du jaune, du rouge, et j’en passe quand la tartine de houblon est trop
lourde à digérer, que la coupe débordait ,un pote seul
au bout du zinc voit sa vie s’enfuir, comme un sablier inexorable. Femme
épouse de cafetier, la confidente la seconde mère pour certain,
la Psy pour HOMMES en dérive, la raison d’être du paumé
est toujours là pour réconforter.
C’est comme cela qu’un jour, plus de nouvelles de DD la p’tit
côte, on fit une recherche, on le retrouva mort chez lui, une lettre
sur la table avec ses recommandations. Pas de famille, que des copains de
travail et de cafés.
Mes amis occupez vous de mes obsèques, l’argent est dans une
enveloppe, HUGO jouera de l’accordéon à l’église
une dizaine de bars ont reçu une somme d’argent avant les vacances
pour boire un verre à mon bon souvenir.
Tout fut réalisé dans la règle de l’art comme demandé,
c’est ça aussi l’amitié d’un bistro de quartier
un trait d’union entre les hommes où l’on peut aussi bien,
prendre un café, un soda en lisant son quotidien et se faire des amis.
A LA VOTRE MES COPAINS !
Il y eu beaucoup d’expériences, LA SANTE, la seule prison au
cœur de PARIS. Après une autorisation du Ministère de l’intérieur,
accompagné d’un aumônier visiteur, une bande de musiciens
et moi nous avons fait spectacle pendant trois jours en période de
NOEL. Drôle d’univers tendu de tous côtés mais une
très bonne expérience qui, pendant une semaine m’avait
déstabilisé. J’ai fait deux émissions de radio,
aujourd’hui j’évite d’en parler.
Un autre soir de NOEL , toujours à
PARIS sous un immense chapiteau de l’école du cirque, six cents
défavorisés de la vie, les clochards auxquels nous allions donner
un peu de chaleur et un spectacle sont venus pour se divertir.
Mon accordéon bien accroché, la peur au ventre, j’ouvrais
les festivités sur une immense scène, les projecteurs dans les
yeux j’attaquais mon répertoire. Quatre ou cinq morceaux joués,
quelques notes de piano vinrent à mes oreilles, imperturbable je continuais,
valses, javas, slows quand je compris qu’une personne m’accompagnait
depuis un quart d’heure .
Mon premier passage étant terminé, la personne vint me voir,
m’embrassa et me dit ( chapeau ) continuez !
Cette personne était ANNIE FRATELINI, les bras m’en sont tombés,
j’en garderai toujours le souvenir. Une soirée très riche,
car ce monde de la rue, le répertoire de l’accordéon il
le connaît bien.
Dans ces évènements il y eu beaucoup de bénévolat, mais ces expériences m’ont beaucoup apporté.
Dix ans à raison de quatre fois multiplié
par le nombre de mètres de couloirs ça fait du chemin parcouru.
Un lieu mythique coincé entre le périf, le théâtre
en rond et limitrophe de COLOMBES , LA MAISON DE NANTERRE , tant décriée
par les médiats et pourtant sans elle, beaucoup seraient à la
rue. Chaque occasion faisant, j’étais fidèle au poste
avec ces hommes et ces femmes, qui, toute l’année viennent donner
un peu de leur temps. Par groupe de deux poussant un chariot rempli de présents
moi derrière avec l’accordéon, on sillonnait les couloirs
de l’hôpital, de l’hospice, au gré des chambres,
papys et mamys nous attendaient sur le pas de porte, ici une java, là
une valse, chacun fredonnant un air de son temps à l’époque
du carnet de bal, des guinguettes, des p’tits bals de quartiers.
Une fois par an j’animais la grande tombola dans la grande salle à
manger et tous repartaient contents, en musique avec un lot et un goûter
amélioré. Si vous saviez comme c’est bon de se dire aujourd’hui
qu’on a rendu des gens heureux, et que de souvenirs d’histoires
que l’on m’a glissé à l’oreille sur un amour
rencontré au bal, un baiser volé sous une tonnelle, des mots
doux dans un billet froissé, un mouchoir parfumé de la belle.
C’est tout cela la vie d’un musicien de banlieue, à demi
poète, des notes vendeuses de vent.
Maintenant, j’ai vieilli je suis en province, ma vue à beaucoup diminué, l’ACCORDEON n’a pas tellement le vent en poupe, la musique en conserve, le bruit de fond se vend mieux. Si tu n’es pas pro ou passé à la télévision tu n’intéresse personne. Je joue pour mes amis et pour mon plaisir !! Je peux dire que j’ai eu une belle trajectoire grâce à la musique et je dis :
MERCI à MADELEINE et à JEAN DURAND

Chapitre
précédent - Retour au sommaire
- CHAPITRE 6: Charente-Maritime
