
PARIS
En 1965, lors d’une visite à
l’hôpital des QUINZE-VINGTS pour mes yeux, le chauffeur
de taxi nous fit un cadeau royal, le tour des monuments parisiens pour
le prix d’une course normale. J’étais loin de penser
qu’un jour je reviendrais vivre dans la capitale.
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Boulevard des Invalides, l’INSTITUT NATIONAL DES JEUNES AVEUGLES,
c’est là qu’au mois de septembre 1971, j’allais
entrer dans le monde des non-voyants et apprendre la vie à l’internat
sous le matricule J A 41.
Ce jour là, comme d’autres jours, j’avais le cœur
serré, les larmes aux yeux de me séparer à la loge
d’accueil et un dernier au revoir à travers la lourde grille,
un adieu pour la semaine ou le mois, d’avec grand-mère.
Moi, je pénétrais dans le bâtiment datant de 1784,
par la grande porte d’honneur moi le petit, tandis que la grand-mère
allait se fondre dans le labyrinthe du métro.
Pour elle, c’était une petite chambre meublée au
confort restreint, avec interdiction de faire à manger dans la
chambre. Une semaine après notre arrivée, elle décrocha
une place à MONTMARTRE chez un avocat comme gouvernante, nourrie
logée. Tous cela grâce aux petites annonces de FRANCE SOIR.
Pour moi, mes tracas étaient
mineurs, si je n’avais pas perdu mes repères d’écolier
voyant. Pas de stylo, pas de cahier, pas de tableau noir, pas de livre
non je mentirais, il y avait des livres mais en braille. Le cauchemar
!
Un monde particulier fait de rigueur,
relativement austère à cette époque, rigidité
et monotonie des objets utilisés.
J’ai souffert de la solitude et me suis renfermé dans mon
monde passé là bas en NORMANDIE , surtout le soir au dortoir,
une vingtaine de lits à droite, une autre à gauche séparés
par un immense couloir qui desservait deux dortoirs identiques et les
lavabos. Extinction des feux à neuf heures, levé sept
heures et demi pour être au réfectoire à huit heures
Loi de la jungle, loi du plus fort, les grands qui ont toujours raison
des plus petits.
Pour moi, la scolarité se serait bien passée si le braille
était bien entré dans ma tête, mais j’avais
une tendance à le lire avec les yeux, comme beaucoup d’entre
nous qui ont eu une éducation scolaire pour voyants .
Le soir je m’endormais en pensant à grand-mère,
notre maison de campagne, ceux que j’avais laissé derrière
moi et le cœur gros, la tête dans le traversin, l’écouteur
de mon OPTALIX, je m’endormais en écoutant LE PUB CLUB
sur INTER ou RTL pour la POP.
Un peu de chahut, quelques blagues pour tester le pion mais rien de
méchant.
Le braille est entré dans ma tête, j’ai acquis un
certain niveau scolaire, de quoi tenir la route
de la motricité pour être libre de ses mouvements et pouvoir
circuler dans la rue sans danger,
Lorsque vous sortez d’un tel établissement vous êtes
apte à affronter la vie.
A l’heure où j’écris ce texte, l’ I
N J A de PARIS est informatisée, que de chemin parcouru par rapport
à la naissance du BRAILLE.
Mes week-ends je les passais à
MONTMARTRE , le Dimanche après la messe au SACRE-COEUR, je jouais
de l’accordéon dans un petit bar pour me faire un peu d’argent
de poche, argent qui passait dans des confiseries pour la semaine.
Parfois
je rentrais à l’institut le lundi matin et vers dix heures
il n’était pas rare que l’on m’appelle par
interphone : LAMORINIERE , il faut vous rendre à la PORTE DE
LA CHAPELLE votre grand-mère s’est endormie dans le métro,
il faut venir la chercher et la reconduire chez elle.
Un an et demi plus tard, une des
filles de grand-mère qui habitait COLOMBES, dans le 92, nous
trouva un appartement et dans une boulangerie du quartier une annonce
pour une place de gouvernante.
A cette époque je connus mes premiers battements de cœur
pour les filles mais plus pour les femmes, que d’émotions,
mais vous n’en saurez pas plus !
Nous déménageâmes trois fois dans COLOMBES, pour
enfin obtenir un grand logement car grand-mère décida
d’élever des enfants de la DASS.
Au lieu d’être deux nous étions cinq car je rentrais
tout les soirs de l’école. L’été tout
ce joli monde partait en vacances à la maison de campagne.
Bonnes années, si ce n’est le travail que cela représentait
pour elle mais une vie de famille pour tous.
En 1975, grand-mère fut atteinte d’un début de paralysie
faciale isolée mal traitée, maladie dont on ne m’a
rien dit, le résultat j’allais le connaître plus
tard, la veille du 1er MAI 1976.
A
quinze heures, une envie subite de partir en NORMANDIE traversa l’esprit
de grand-mère.
Ce qui fut dit fut fait à dix neuf heures nous étions
à la maison de campagne, de cette dernière elle fit le
tour, prit connaissance du courrier, examina le contenu de ses armoires
tandis que moi j’allumais le feu et préparais le repas.
C’est
à zéro heure quarante cinq de la nuit que le médecin
des sapeurs pompiers déclarait le décès de grand-mère
à l’âge de soixante treize ans, un repos bien mérité
mais un peu trop jeune.
Ce fut dur à avaler, la jeunesse pour moi mais tout à
réorganiser, retourner au centre d’apprentissage, faire
le deuil de vingt ans de vie, là je perdais mon phare ma mère
d’adoption,
Celle qui, par un petit matin de printemps prit le car pour LISIEUX
avec un petit landau gris avec une bouillotte pour venir me prendre
à la maternité . Malgré tous les problèmes
de santé qui ont émaillé mon enfance celle- ci
n’a pas baissé les bras.
Aujourd’hui, de l’eau à passé sous le pont,
je suis en bonne harmonie avec ma mère biologique et je dis à
celle ou à celui qui lira cette partie, quoi que fassent vos
parents, un jour il faut mettre de l’eau dans son vin, je ne dis
pas faire table rase du passé mais prendre le train à
la gare où l’on se trouve. Et quand dialogue il y a, on
peu faire avancer les choses et apprendre les évènements
d’une manière plus juste, la vie est longue !
Quelques mois ont passé, changement d’appartement, je repris
la musique, un peu de cours de chant, puis quelques sorties dans des
lieux branchés. Quelques expériences plus ou moins bonnes
que les autres ont fait de moi un homme un peu plus éclairé
sur la vie, moi qui n’avais pas vécu.
Je me suis marié en 1981 et divorcé quatorze ans plus
tard. De PARIS , je garde un bon souvenir dans la partie du site (accordéon)
vous trouverez ma vie musicale.
Quand j’ai découvert la capitale dans les années
soixante dix, PARIS avait encore un charme et une qualité de
vie, j’en suis parti, il n’y a que pour la musique et l’art
qu’il me manque.
Aujourd’hui tout est modernisé,
trop de voitures, j’ai encore dans le nez, l’odeur du vieux
métro avec ses wagons de couleur verte ou grise pour les secondes
classes et le wagon rouge au milieu de la rame pour la première
classe,
et
son chef de train qui actionnait la fermeture des portes et le signal
de départ ainsi le convoi s’arrachait du quai dans un vacarme
assourdissant en laissant derrière lui des gerbes d’étincelles
bleutées sur les rails.
PARIS le matin, PARIS le soir, PARIS toujours, tout le monde court pour
le travail, pour tes grands magasins, pour un train.
SALUT PARIS , MOI JE NE COURS PLUS
!