C'est une nouvelle vie qui allait s'ouvrir à moi, différente de la campagne où j'ai tout laissé derrière, cousins, copains de classe et des murs lépreux et lézardés, des dépendances écroulées par l'âge, un atelier de matelassier aux vitres poussiéreuses Nous étions au premier dans un trois pièces sans commodités, une paillasse en grès, sans robinet, c'était dans la cour qu'il y avait une pompe pour l'immeuble . Dans
cette rue pavée au riche passé religieux et historique
une multitude de petits commerces :
modiste, droguerie, tailleur pour dames, le bougnat ,le crémier,
le perruquier . Il y avait un magasin qui avait attiré mon attention
le marchand de Téléviseurs. Je savais ce que c'était,
il y en avait une à la salle des fêtes de St MARTIN DE
BIENFAITE . Mais là le poste était en vitrine et le son
était dans la rue. Les jours de grands événements,
il y avait un attroupement sur le trottoir. On était loin de
la T. S. F. à lampes du père Orélio .Après quelques jours je m'étais fait à mon nouvel environnement .La rentrée scolaire allait sonner, ce fut sans moi : L'édition du journal OUEST-FRANCE du premier septembre 1963 titrait en page régionale - DEUX MORTS, UN RESCAPE DANS UNE 4 CV. SUR LA RN. 13 ENTRE CAEN ET LISIEUX ." Et non, c'était une erreur, ma grand-mère et moi n’étions pas morts sinon ce texte ne serait pas écrit. Cinq mois d'hôpital, quatre opérations et tout à payer pour la grand-mère car le chauffeur adverse qui a causé l'accident a prit la fuite. Lorsqu’on est un enfant, on ne se doute pas qu’il y a des secouristes, des pompiers et surtout des chirurgiens qui vous aident et vous réparent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. MARS
1964, je fais mon entrée à l’école d’AMBLYOPE
(spécialisée pour mal-voyants ) chez
Madame BAETTIGLà, commencent les choses sérieuses et ce n’était pas sans appréhension. Une nouvelle façon de travailler en petits groupes, avec du matériel approprié : ( Table à plan relevable avec tableau incorporé, matériel pédagogique adapté, un éclairage performant tout en protégeant les yeux ) Parfois les cours étaient donnés en dehors de l’établissement, dans une entreprise, un lieu historique, quant aux grands évènements retransmis à la télévision c’est à son domicile que nous allions. J’y suis resté 7 ans, jusqu’au jour, lors d’une visite médicale scolaire on me signifia d’avoir à changer D’établissement, cette école n’étant plus appropriée à ma vue. Aujourd’hui, cette école créée par le Professeur PRUDOMEAU, ophtalmologiste à l’hôpital de CAEN, n’existe plus ( à l’époque en 1960, aucune aide de la région et de la ville ne lui fut accordée ) Moi, mes journées étaient bien remplies, entre l’école, les devoirs, les activités artistiques et le patronage, mais celles de grand-mère aussi. Lorsque l’on
est un enfant, on ne voit pas toujours les sacrifices que l’on
fait pour vous mais on s’aperçoit, que par rapport a d’autres
enfants, il y a une différence. Le matin , la grand-mère
partait pour une longue journée de travail, vêtue d’un
éternel imperméable bleu marine, foulard assorti et une
vieille paire de savates aux pieds elle traversait Caen du nord au sud
et d’ouest en est. Tout cela pour servir, desservir, faire le
ménage, nounou dans les maisons huppées de la ville. Il
y avait aussi des heures consacrées aux personnes âgées
et au personnes malades. Ce travail lui était demandé
par les sœurs de SAINT-VINCENT DE PAUL. Je peux dire
que j’ai été un enfant heureux malgré l’absence
de mes parents. Education stricte mais malgré tout avec beaucoup
d’amour. Une vie faite
de joies, de chagrins de changements, de questions du pourquoi ,du comment
des choses, des évènements familiaux, les autres à
l’école avaient leurs parents, pas moi. J’approche de la cinquantaine, je peux dire, malgré les moments difficiles, que j’ai eu une jeunesse formidable et que par ces pages, c’est un hommage que je rends à cette grand-mère, qui, je pense a été exemplaire. En écrivant
ces lignes, des milliers d’images, de choses me reviennent.. Après
être bien acclimaté, que la ville n’avait plus de
secrets pour moi, à pieds, en bus ou en trottinette, Le choc, le désarroi, finis les jeudis au jardin des plantes, les parties de cache-cache dans le château en cachette du gardien, là je n’étais pas au bout de ma surprise. A SAINT MARTIN de BIENFAITE, j’étais arrivé à l’école, et dans mon cartable flambant neuf se trouvaient : une ardoise entourage bois qu’il ne fallait pas faire tomber, un porte mine, un porte plume, des craies, un cahier de brouillon, ceci en 1962. A CAEN EN
1964 , le cartable était plus grand, le stylo avait fait son
apparition en classe, un cahier pour chaque matière avec des
protège-cahiers en plastique et bien d’autres nouveautés.
Le cartable que l’on allait me proposer allait être tout
autre.
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